Agro-Industrie

Agroalimentaire en Afrique : Le Panel Malabo-Montpellier promeut des stratégies financières innovantes

La dernière publication du Panel Malabo-Montpellier, en août 2025, composé d’experts en agriculture et en sécurité alimentaire, intitulée MONEYWISE : Policy Innovations to Finance Africa’s Agrifood Systems, examine les exigences et les défis liés au financement des systèmes agroalimentaires en Afrique. Et montre comment mettre en œuvre des interventions financières stratégiques pour tirer parti des opportunités de transformation de ces systèmes. Le rapport comprend également des études de cas sur le Malawi, le Maroc et le Rwanda, des pays qui ont réussi à mettre en place des systèmes agroalimentaires plus inclusifs, résilients et compétitifs grâce à des réformes et des modèles de financement remarquables.

Ce rapport est publié à un moment crucial, dans un contexte de réduction de l’aide publique au développement qui suscite des préoccupations quant au financement de la transformation des systèmes agroalimentaires en Afrique face aux contraintes budgétaires, aux inégalités croissantes et aux chocs climatiques.  En Afrique, le secteur agroalimentaire constitue un levier important pour atteindre les objectifs de développement, car il assure les revenus de millions de personnes et soutient la nutrition, la santé, l’emploi et l’industrialisation. Les dépenses publiques consacrées à l’agriculture en Afrique ont considérablement augmenté (de 138 milliards de dollars US en 1990 à 449 milliards de dollars US en 2023), mais la part de l’agriculture dans les dépenses publiques totales a diminué d’environ 55 % au cours de la même période. Pour transformer les systèmes agroalimentaires africains d’ici 2030, on prévoit un besoin de financement annuel de 77 milliards de dollars US, dont 62 milliards provenant du secteur privé et 15 milliards issus de sources publiques. Selon Dr Ousmane Badiane, Président d’AKADEMIYA2063 et Coprésident du Panel Malabo Montpellier :

« Il est primordial d’élaborer des stratégies inédites et novatrices pour transformer durablement les systèmes agroalimentaires en Afrique. Le présent rapport montre que des politiques publiques stratégiques, conçues pour consolider les écosystèmes financiers nationaux, favoriser les investissements judicieux et encourager la coopération transfrontalière entre les différentes parties prenantes, peuvent impulser une croissance inclusive, améliorer la sécurité alimentaire et renforcer la résilience climatique à travers le continent. »

Rendu public lors du 16e Forum Malabo Montpellier, en présence de hauts représentants des gouvernements africains, d’experts des secteurs financier et agroalimentaire et de partenaires au développement, le rapport soutient que, pour exploiter l’immense potentiel du secteur agroalimentaire en Afrique, il convient non seulement de renverser la tendance décroissante des financements publics nationaux mais aussi d’accorder une place significative aux investissements du secteur privé et aux financements internationaux pour le développement. Les études de cas présentées dans le rapport, qui portent sur le Malawi, le Maroc et le Rwanda, révèlent que s’attaquer aux problématiques de gouvernance et de règlementation tout en renforçant les capacités institutionnelles permettra de multiplier les opportunités d’investissement et de promouvoir la résilience à long terme.

Le Malawi

Le Malawi a créé le Fonds national pour l’autonomisation économique (NEEF – National Economic Empowerment Fund). Ce fonds permet, d’une part, de fournir des services financiers accessibles et durables visant à renforcer l’autonomie financière des populations marginalisées, notamment les femmes, les jeunes et les personnes handicapées et, d’autre part, de soutenir le développement économique rural et la commercialisation agricole. Il s’agit d’une institution de microfinance qui n’accepte pas de dépôt. Le NEEF est principalement financé par des capitaux d’amorçage publics et des allocations budgétaires nationales et propose un modèle de prêt renouvelable qui permet de maintenir le capital en réinvestissant les remboursements.  

Le Fonds de Développement Agricole du Maroc utilise des ressources publiques pour attirer les investissements privés, en offrant des subventions dans les domaines de la restauration des terres, des systèmes d’irrigation et de la transformation agricole. Ces incitations encouragent les acteurs privés à participer au développement agricole à long terme. Les subventions post-investissement couvrent de 70 à 100 % des coûts des principaux intrants agricoles tels que les machines, l’irrigation et les semences certifiées, et les fonds sont remboursés aux agriculteurs ou aux agrégateurs après vérification de l’investissement.

Le Rwanda

Au Rwanda, la Banque de Développement du Rwanda et l’Autorité des marchés financiers ont été créées afin de stimuler le développement du secteur financier pour la mobilisation des capitaux, tandis que le Fonds National d’Investissement du Rwanda (Rwanda National Investment Trust – RNIT)  encourage une culture de l’épargne à travers des campagnes d’éducation financière et la mobilisation de l’épargne. Les associations villageoises d’épargne et de crédit améliorent l’inclusion financière dans le pays, car elles ameliorent l’accès des petits exploitants agricoles aux financements. Prof. Joachim von Braun, membre du Centre de recherche sur le développement (ZEF) de l’université de Bonn et Coprésident du Panel Malabo Montpellier  a déclaré :

« En se basant sur des exemples de réussite sur tout le continent, ce rapport fournit aux gouvernements africains et aux partenaires de développement une feuille de route précise pour mobiliser des financements de manière innovante en faveur de la transformation des systèmes agroalimentaires. Il est pertinent pour la mise en œuvre de la Déclaration de Kampala de 2025 et devrait aussi relancer les financements publics provenant des partenaires au développement en faveur des systèmes agroalimentaires, car il souligne les opportunités majeures de développement. »

Le Panel Malabo Montpellier

Il s’appuie sur les expériences des trois pays étudiés pour mettre en évidence les facteurs clés à l’origine de leur réussite et établir un programme d’action. Étant donné que le secteur agroalimentaire représente près de 65 % de l’emploi total en Afrique, la nécessité d’assurer sa croissance et sa durabilité à long terme n’a jamais été aussi cruciale. Les recommandations du rapport sont conformes à la Déclaration de Kampala de l’Union africaine sur le PDDAA, qui définit un agenda continental pour la prochaine décennie de mise en œuvre du Programme Détaillé de Développement de l’Agriculture en Afrique (PDDAA). La Déclaration comprend un engagement à promouvoir les investissements et le financement pour accélérer la transformation des systèmes agroalimentaires, avec l’ambition de mobiliser 100 milliards de dollars US d’investissements publics et privés en faveur des systèmes agroalimentaires africains d’ici 2035.

 Source : Panel de Malabo

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