Deux rapports de Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC), dont ’’La Cartographie des marchés des drogues de synthèse en Afrique de l’Ouest’’ met en évidence une forte expansion du trafic de cocaïne et des marchés des drogues synthétiques en Afrique de l’Ouest. Ceci, constitue un défi urgent en matière de sécurité, de santé publique et de droits humains. Ces recherches montrent qu’au moins 30 % de la cocaïne consommée en Europe transiterait par la région. Les marchés des drogues synthétiques se sont diversifiés et étendus, entraînant une augmentation des dommages.
Le marché de la cocaïne en Afrique de l’Ouest a fortement progressé depuis 2019, et la région est devenue un point croissant d’entreposage, de redistribution et de conteneurisation sur les routes internationales du trafic de cocaïne. L’ampleur et la rentabilité sans précédent du marché de la cocaïne en font une puissante force de corruption, sapant la gouvernance.
En retour, la corruption — plutôt que la violence — constitue un facteur clé facilitant le trafic de cocaïne en Afrique de l’Ouest.
Depuis 2019, les éléments disponibles indiquent que les réseaux criminels européens ont étendu leurs opérations en Afrique de l’Ouest. Les marchés des drogues synthétiques en Afrique de l’Ouest sont en expansion et se diversifient, entraînant une aggravation des dommages.
Les opioïdes synthétiques puissants ont des effets particulièrement dévastateurs. Les technologies numériques et les chaînes d’approvisionnement mondialisées relient les marchés des drogues synthétiques en Afrique de l’Ouest aux tendances mondiales, favorisent l’émergence de nouvelles substances psychoactives et stimulent l’expansion du marché.
Les lacunes en matière de données constituent un obstacle majeur à des réponses efficaces, fondées sur des données probantes, en matière de santé publique et de justice pénale.
« Dans l’ensemble des marchés, les données montrent une expansion significative des marchés criminels, entraînant une aggravation des dommages, tandis que les réponses accusent un retard croissant », a déclaré Kingsley Madueke, coordinateur de recherche pour le Nigeria au GI-TOC.
« Les conclusions soulignent la nécessité d’interventions intégrant les priorités de santé publique, de gouvernance et de justice pénale. »
Produits par l’Observatoire de l’Afrique de l’Ouest (WEA-Obs) du GI-TOC, les rapports cartographient les routes de trafic, les typologies d’acteurs, les chaînes d’approvisionnement, les cadres de protection et les lacunes des réponses à travers l’Afrique de l’Ouest.
Complétant des années de recherche par plus de 190 entretiens réalisés en 2025, ces rapports visent à établir une base de référence consensuelle et fondée sur des données probantes concernant la menace posée par les marchés de la cocaïne et des drogues synthétiques en Afrique de l’Ouest.
En novembre 2025, à Accra, au Ghana, lors de la consultation d’un dialogue de haut niveau intitulé « Cartographier l’avenir des marchés des drogues en Afrique de l’Ouest – produits synthétiques, cocaïne, argent criminel et réponses stratégiques », coorganisé par le gouvernement du Ghana, le gouvernement des Pays-Bas et la Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC), des rapports avaient été présentés sur l’ampleur du phénomène. Les études publiées intègrent les retours recueillis lors de ces consultations.
Les conclusions ont été présentées à la Commission des stupéfiants à l’ONUDC à Vienne, du 9 au 13 mars 2026, suivies d’une série de webinaires du GI-TOC.
Des volumes excessifs de cocaïne en transit
Selon le rapport, des acteurs intégrés à l’État, des acteurs criminels étrangers et des intermédiaires régionaux forment un triangle d’acteurs coordonnant les flux massifs de cocaïne à travers l’Afrique de l’Ouest. « Des groupes armés, y compris des groupes extrémistes violents, ainsi que certains des groupes criminels organisés les plus sophistiqués au monde, tirent profit du commerce de la cocaïne dans la région ».
La cocaïne ne transite pas sans laisser de traces : ses effets sur la gouvernance, la santé publique et la sécurité sont importants et s’intensifient. Selon l’Indice de la criminalité organisée, entre 2023 et 2025, le commerce des drogues synthétiques est devenu le marché criminel à la croissance la plus rapide en Afrique de l’Ouest. Les marchés de la méthamphétamine sont solidement implantés au Nigeria, où la consommation a fortement augmenté, et s’étendent à d’autres États, notamment la Sierra Leone. Le kush, mélange souvent mortel de cannabinoïdes synthétiques et de nitazènes, continue d’entraîner des décès en Sierra Leone, en Guinée et au Liberia, et se propage rapidement au Sénégal. Les marchés de l’ecstasy ont explosé au Sénégal, en Gambie et en Sierra Leone, et le captagon commence à s’infiltrer dans la région. Les faibles barrières à l’entrée, en partie dues à l’expansion des marchés de gros de drogues en ligne, entraînent une multiplication des acteurs criminels sur le marché des produits synthétiques.
Marie-Louise Félicité BIDIAS
Source : Cartographie des marchés des drogues de synthèse en Afrique de l’Ouest
Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC)